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Millet X Les Others

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05
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2026
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Lifestyle

Le 23 avril dernier, Millet et Les Others réunissaient au cinéma MK2 Odéon un casting peu commun pour débattre d’une question déceptivement simple : Nos rêves sont-ils plus beaux quand on les partage ? Autour de la table, Etienne Klein, physicien et alpiniste tardif, Constance Schaerer, plus jeune Française à avoir gravi l’Everest, Charles, alpiniste professionnel, et Emily, double médaillée olympique en ski-alpinisme. Deux heures d’échanges qui ont dit beaucoup sur ce que la montagne révèle de notre rapport à l’image et à l’expérience.

Etienne Klein a ouvert une voie inattendue en convoquant le principe d’incertitude de Heisenberg. L’idée : observer un phénomène, c’est déjà le modifier. Transposée à l’ère des réseaux sociaux, cette logique soulève une question inconfortable. Filmer une ascension, la publier, la raconter : à quel moment cela change-t-il ce qu’on est venu chercher là-haut ? Charles, qui documente ses expéditions par métier autant que par goût, a posé la distinction le plus clairement. “Je fais les projets pour l’expérience, pas pour le récit qu’on en fera.” Et Klein d’ajouter qu’on n’écrit pas la littérature de la course pendant la course. Entre l’instant vécu et sa mise en récit, il reste un écart que rien ne comble vraiment.

Constance Schaerer a apporté une lecture différente. Pour elle, le partage n’est pas une trahison de l’expérience, c’est le moteur du projet. Après la mort de son père, elle découvre une lettre dans laquelle il exprimait son rêve de gravir les sept plus hauts sommets de chaque continent. De là naît une association, 7 sommets contre la maladie, qui accompagne aujourd’hui des enfants touchés par le deuil. Les réseaux sociaux sont ici assumés comme un outil pour relier, toucher, inspirer. Le rêve prend sens précisément parce qu’il est transmis.

Emily, elle, a choisi de couper ses réseaux avant les Jeux olympiques, par souci de concentration. Son ami et athlète Baptiste Chassagne faisait l’inverse, mettant ses doutes par écrit comme une forme de préparation mentale. Deux approches opposées, efficaces chacune à leur manière. Ce qui reste commun : derrière les images, une grande part de l’expérience n’est jamais montrée. Sur huit heures d’ascension, huit minutes sont peut-être partagées. Le reste appartient à ceux qui étaient là.

La réponse à la question posée ce soir-là, Klein l’a qualifiée de “quantique” : oui et non. Oui, parce que le partage crée des vocations et relie des gens qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. Non, parce que l’essentiel se joue toujours avant et après la caméra, dans la cordée, dans l’effort qui n’a pas de témoin. Et comme il l’a rappelé en conclusion : regarder des gens vivre, ce n’est pas vivre.​​​​​​​​​​​​​​​​

Photos : Anouck Robert

Et si filmer nos rêves les éloignait de ce qu’on cherche vraiment à vivre ?

Le 23 avril dernier, Millet et Les Others réunissaient au cinéma MK2 Odéon un casting peu commun pour débattre d’une question déceptivement simple : Nos rêves sont-ils plus beaux quand on les partage ? Autour de la table, Etienne Klein, physicien et alpiniste tardif, Constance Schaerer, plus jeune Française à avoir gravi l’Everest, Charles, alpiniste professionnel, et Emily, double médaillée olympique en ski-alpinisme. Deux heures d’échanges qui ont dit beaucoup sur ce que la montagne révèle de notre rapport à l’image et à l’expérience.

Etienne Klein a ouvert une voie inattendue en convoquant le principe d’incertitude de Heisenberg. L’idée : observer un phénomène, c’est déjà le modifier. Transposée à l’ère des réseaux sociaux, cette logique soulève une question inconfortable. Filmer une ascension, la publier, la raconter : à quel moment cela change-t-il ce qu’on est venu chercher là-haut ? Charles, qui documente ses expéditions par métier autant que par goût, a posé la distinction le plus clairement. “Je fais les projets pour l’expérience, pas pour le récit qu’on en fera.” Et Klein d’ajouter qu’on n’écrit pas la littérature de la course pendant la course. Entre l’instant vécu et sa mise en récit, il reste un écart que rien ne comble vraiment.

Constance Schaerer a apporté une lecture différente. Pour elle, le partage n’est pas une trahison de l’expérience, c’est le moteur du projet. Après la mort de son père, elle découvre une lettre dans laquelle il exprimait son rêve de gravir les sept plus hauts sommets de chaque continent. De là naît une association, 7 sommets contre la maladie, qui accompagne aujourd’hui des enfants touchés par le deuil. Les réseaux sociaux sont ici assumés comme un outil pour relier, toucher, inspirer. Le rêve prend sens précisément parce qu’il est transmis.

Emily, elle, a choisi de couper ses réseaux avant les Jeux olympiques, par souci de concentration. Son ami et athlète Baptiste Chassagne faisait l’inverse, mettant ses doutes par écrit comme une forme de préparation mentale. Deux approches opposées, efficaces chacune à leur manière. Ce qui reste commun : derrière les images, une grande part de l’expérience n’est jamais montrée. Sur huit heures d’ascension, huit minutes sont peut-être partagées. Le reste appartient à ceux qui étaient là.

La réponse à la question posée ce soir-là, Klein l’a qualifiée de “quantique” : oui et non. Oui, parce que le partage crée des vocations et relie des gens qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. Non, parce que l’essentiel se joue toujours avant et après la caméra, dans la cordée, dans l’effort qui n’a pas de témoin. Et comme il l’a rappelé en conclusion : regarder des gens vivre, ce n’est pas vivre.​​​​​​​​​​​​​​​​

Photos : Anouck Robert

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Le 23 avril dernier, Millet et Les Others réunissaient au cinéma MK2 Odéon un casting peu commun pour débattre d’une question déceptivement simple : Nos rêves sont-ils plus beaux quand on les partage ? Autour de la table, Etienne Klein, physicien et alpiniste tardif, Constance Schaerer, plus jeune Française à avoir gravi l’Everest, Charles, alpiniste professionnel, et Emily, double médaillée olympique en ski-alpinisme. Deux heures d’échanges qui ont dit beaucoup sur ce que la montagne révèle de notre rapport à l’image et à l’expérience.

Etienne Klein a ouvert une voie inattendue en convoquant le principe d’incertitude de Heisenberg. L’idée : observer un phénomène, c’est déjà le modifier. Transposée à l’ère des réseaux sociaux, cette logique soulève une question inconfortable. Filmer une ascension, la publier, la raconter : à quel moment cela change-t-il ce qu’on est venu chercher là-haut ? Charles, qui documente ses expéditions par métier autant que par goût, a posé la distinction le plus clairement. “Je fais les projets pour l’expérience, pas pour le récit qu’on en fera.” Et Klein d’ajouter qu’on n’écrit pas la littérature de la course pendant la course. Entre l’instant vécu et sa mise en récit, il reste un écart que rien ne comble vraiment.

Constance Schaerer a apporté une lecture différente. Pour elle, le partage n’est pas une trahison de l’expérience, c’est le moteur du projet. Après la mort de son père, elle découvre une lettre dans laquelle il exprimait son rêve de gravir les sept plus hauts sommets de chaque continent. De là naît une association, 7 sommets contre la maladie, qui accompagne aujourd’hui des enfants touchés par le deuil. Les réseaux sociaux sont ici assumés comme un outil pour relier, toucher, inspirer. Le rêve prend sens précisément parce qu’il est transmis.

Emily, elle, a choisi de couper ses réseaux avant les Jeux olympiques, par souci de concentration. Son ami et athlète Baptiste Chassagne faisait l’inverse, mettant ses doutes par écrit comme une forme de préparation mentale. Deux approches opposées, efficaces chacune à leur manière. Ce qui reste commun : derrière les images, une grande part de l’expérience n’est jamais montrée. Sur huit heures d’ascension, huit minutes sont peut-être partagées. Le reste appartient à ceux qui étaient là.

La réponse à la question posée ce soir-là, Klein l’a qualifiée de “quantique” : oui et non. Oui, parce que le partage crée des vocations et relie des gens qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. Non, parce que l’essentiel se joue toujours avant et après la caméra, dans la cordée, dans l’effort qui n’a pas de témoin. Et comme il l’a rappelé en conclusion : regarder des gens vivre, ce n’est pas vivre.​​​​​​​​​​​​​​​​

Photos : Anouck Robert