Rencontre avec Franck Trozzo Kazagui, réalisateur d’Héritage

 

Pour la sortie de son premier court métrage, Héritage, on s’est posé avec Franck Trozzo Kazagui. Ce jeune réalisateur français habitué des films publicitaires a récemment tenté l’aventure des clips musicaux, avant de se lancer dans la réalisation de son premier projet personnel. L’occasion de parler de son parcours, ses inspirations, et ses projets.

Salut Franck, alors à quelques jours de l’avant première de ton nouveau court-métrage, Héritage, comment tu te sens ? Stressé ? Soulagé ?

Écoute ma foi je suis plutôt cool, pour le moment en tout cas. (rires)

Pour ceux qui ne te connaissent pas, est ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours, comment t’es devenu réalisateur ?

Plus jeune j’étais dans les sports extrêmes, je faisais du roller, on se filmait pour trouver des sponsors, et c’est ainsi que j’ai mis un pied dedans. ensuite j’ai bossé en tant que responsable adjoint d’un magasin de roller, où on sponsorisait justement des riders que l’on envoyait sur des compétitions, on filmait leurs édits, et c’est là que c’est devenu plus concret. J’ai vite commencé à faire des vidéos de mode pour les marques de mes amis pour les aider à promouvoir leurs collections et moi me perfectionner.

C’est ton premier projet perso, avant t’avais fait que des films « publicitaires », même si on sent une patte artistique dans toutes tes vidéos, mais pourquoi cette envie d’un coup de te lancer dans ce projet, assez personnel de part le sujet déjà ?

Dans toutes les vidéos que je réalise, même si ce sont des commandes clients , j’essaye toujours d’y apporter ma vision. L’architecture a par exemple une part importante dans mes films. Faire un projet plus personnel, sur Paul, c’était une idée que j’avais en tête depuis environ 5 ans, mais je n’étais pas assez perfectionné.

Quand Paul a perdu son père, ce fut le déclic « C’est maintenant qu’il faut faire ce film »

J’ai cru comprendre que ça avait été un film assez compliqué à faire et qui t’as demandé beaucoup d’énergie et de temps, entre le début de l’écriture, le tournage et le montage, il y a combien de mois ?

Oui c’était une grande première pour ma part d’aller vers ce format, cela m’aura pris exactement sept mois entre l’écriture du mood-board, les retours Skype avec Paul entre Paris et Los Angeles, monter une équipe plus que talentueuse, créer la bande-son sur mesure via Skype entre Paris, Londres & Sydney; j’ai aussi pas mal demandé des conseils à des amis réalisateurs tels que Valentin Petit et Clément Milot durant tout ce processus. Je tiens à remercier d’ailleurs la famille Desmarre, Amandine Allin, Clément Milot de chez Katlas ainsi que Pierrick Bernard, Antoine Guillotteau, Robin Guittat, Adrien Gaitàn Castañeda, Aurélien Merz, Jérôme Monimart, Benjamin Gulmez, Maigari et Heather de m’avoir suivi dans cette folle aventure.

Pour replacer les choses dans leur contexte, c’est un film sur ton meilleur ami, Paul Desmarre, et sur la voiture de Laurent son père,  une Audi A4, dont il a hérité à sa mort. Comment t’es venu cette idée ?
Paul et moi somme ami depuis exactement 20 ans cette année, j’ai grandi avec Laurent en partie à mes côtés, c’est d’ailleurs lui qui m’a offert une de mes premières caméras. Voir mon meilleur ami perdre son père fut très difficile, je voulais l’aider comme je le pouvais à faire son deuil et ça a été le déclic que je te disais. Rendre hommage à Laurent et faire à Paul ce cadeau pour ses 30 ans.

Audi a d’ailleurs réalisé un court métrage sur Laurent Desmarre en 2016 (à voir ici) où ils l’aidaient à atteindre le millions de km sur sa voiture. Est ce que c’est ça qui t’as entre autre donné envie d’écrire la suite ?
Clairement, je trouvais que c’était dommage d’en rester là et ne rien faire de plus même s’ils avaient beaucoup fait pour la famille de Paul à ce moment-là.

Comment s’est passé l’écriture, j’imagine que Paul t’as beaucoup parlé de son père ?
Écoute j’ai regardé des pubs automobiles et clips vidéo pour m’adapter à cet univers, j’ai tout écrit, ensuite Paul à rajouté la partie humaine sur le projet.

C’est un sujet assez intime, et pourtant j’ai trouvé que il y avait beaucoup de pudeur dans ce film, de silence. Il y a aussi, je trouve, un côté « clip » par moment, c’est un parti pris ?
Parler d’un deuil était très compliqué surtout sur une tragédie encore récente…du coup fallait faire très attention pour ne pas tomber dans un truc sombre.
Oui visuellement c’est très musical, c’est Adrien Gaitàn Castañeda qui a écrit et produit les morceaux qui seront dans son nouvel E.P.

Je suis peut être pas le premier à te le dire, mais en visionnant le film j’ai pensé à Drive, un film que j’ai beaucoup aimé. Est ce que ça a été une inspiration pour toi, et si non, quelles sont tes inspirations ?

Merci pour ce compliment, Drive est un film que j’aime beaucoup aussi, mais non malheureusement (rires). Après pour mes inspirations je regarde beaucoup de film sur Vimeo, je peux passer des journées entières dessus. Je fais pas mal d’expos, et j’écoute énormément de musique, ce qui explique qu’elle ai une place si importante dans mon travail.

On peut aussi se poser la question de qui est le personnage principal du film, Paul, ou la voiture ?
Les deux, Laurent est représenté symboliquement par la voiture, c’est un peu leur dernière balade ensemble.

Ton dernier projet avant celui la était un petit film pour Asics, j’imagine que le déroulement est différent entre un projet perso et un projet pro ?
Clairement, Asics c’était une commande client alors que là forcément pour ce projet c’est plus personnel; tu prends plus de temps pour le réaliser étant donné que tu n’as pas vraiment de deadline.

T’as tout financer tout seul, sans en informer Audi, est ce que c’était pour avoir un sentiment de vrai liberté sur ton projet ?
Oui j’étais à moment de ma vie ou j’avais le choix entre partir en vacances trois mois à Los Angeles ou financer Héritage, le choix fut vite réfléchi.
Concernant Audi je n’avais juste pas envie de me prendre un refus du coup je me suis débrouillé et j’ai tout financé, et je n’avais peut-être pas envie de perdre la main sur ce projet par la même occasion

Est ce que maintenant que le film est terminé tu vas l’envoyer à Audi ?
C’est déjà fait ! Christof Caspar qui s’occupe du marketing à l’international m’a fait un très joli retour donc c’est cool, mais ils ne supporteront pas le film pour une question de nouveau plan marketing sur l’année 2018.

Quand un jeune réalisateur comme toi fait ce film sur lequel tu mets beaucoup de tes économies, c’est un genre de pari sur l’avenir ?

Complètement ! Bien sûr il y a le côté personnel du film, une manière de montrer ce que je sais faire. Il y a un an j’ai fait Dead Body, une vidéo auto-financée aussi qui m’a rapporté derrière quatre jolis contrats cette année permettant de financer d’autres projets, donc oui il y a toujours ce côté « prise de risque et investissement » dans certains de mes travaux.

Beaucoup de réalisateurs on commencé par des pubs, des clips, avant de se tourner vers les courts, puis longs métrages. C’est un truc que t’as en tête ou c’est encore trop tôt ?

Toute personne dans ce milieu rêve forcément un jour de cinéma mais c’est énormément de travail, je sais que cela arrivera un jour mais je prends le temps de calmement faire mon petit bonhomme de chemin. Concernant le monde de la musique j’ai réalisé dernièrement le clip du groupe 75000 et je suis actuellement en pourparlers avec la boite de production PELICAN pour être réalisateur sur un vidéo clip très prochainement.

Tu sembles hyper actif, dans le bon sens du terme, et donc à peine terminé j’imagine que t’as déjà 1000 projets pour la suite ?
(rires) Je bossais sur d’autres projets en même temps que Héritage, j’ai réalisé un fashion film dans le désert des Bardenas et produit comme toujours par Katlas qui sort prochainement, une expo à Lisbonne en cours de production et nous sommes actuellement en écriture d’un nouveau court-métrage avec la danseuse Victoria Dauberville réalisé par Clément et moi-même, il verra le jour entre 2019 et 2020 sous le nom de NUCLÉAIRE.

Dernière question, je crois que je t’ai jamais vu sans chapeau, casquette, bonnet etc, c’est ta touche stylistique perso ?

(rires) Non, non, c’est juste je n’assumais pas ma calvitie plus jeune, c’est devenu un peu une habitude, j’en porte de moins en moins désormais ! (rires).

Crédits photos : Antoine Guilloteau

 

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