BMX, mode et photo, rencontre avec Matthias Dandois

Matthias Dandois, 31 ans, 1m86, 8 fois Champion du Monde de BMX Flatland. Star dans son milieu, discret dans la vie, le parisien à plus d’une corde à son arc. Le vélo forcément, mais aussi la mode, la photo, où encore le cinéma. Rider né, il maîtrise son image à la perfection. Après une année marquée par le Covid et le manque de compétition, on a rencontré l’un des plus grand palmarès du sport français, toute discipline confondue.

Alors, c’est qui Matthias Dandois ?

Matthias Dandois, j’ai 31 ans, je suis né à Paris, j’ai passé pas mal de temps aux US ces dernières années. Je suis professionnel en BMX depuis l’âge de 16 ans, j’ai commencé à rider à 12 et je suis 8 fois Champion du Monde. La première année en 2008 et la dernière année en 2019, donc entre 2008 et 2019 j’ai gagné 8 fois. Et je fais pleins de trucs à côté,  un peu de photo, un peu de prod, j’ai fait un film (MILF), un peu de mannequinat, c’est drôle je fais pleins de trucs différent (rires).

Comment t’as découvert le BMX ?

À la base je faisais du foot, et je pensais vraiment pouvoir être pro dedans, pas que j’étais fort ou quoi mais c’était mon rêve comme pleins de gosses. Je jouais au Sporting Club d’Epinay-sur-Orge, petit club en Essonne. Sauf que j’étais pas assez fort pour être pro, et le coach il arrêtait pas de me crier dessus. On avait vraiment un con comme coach, il nous avait même fait jouer avec des maillots roses parce qu’on avait perdu un match. On jouais avec des maillots rouge à la base et il nous avait dit qu’il nous ferait jouer avec les maillots qui avaient délavés si on perdait les matchs. Quand t’as 8 ans jouer avec des maillots roses c’est l’affront de fou (rires). Et en vrai ça m’avait dégouté des sports collectifs, que quelqu’un te dicte quoi foire etc. À 12 ans j’ai vu du BMX à la télé et j’ai trouvé ça trop beau et trop cool, le mec faisait ce qu’il voulait. Et le Noël suivant j’ai demandé un BMX à mes parents et voilà comment ça a commencé. Donc pour répondre à ta question à la télé (rires). Et puis avec mes potes on avait tous arrêté le foot et on été dans ce délire un peu Jackass, donc c’était un ensemble de choses. Notre crew s’appelait « Rider in the shit », on était déjà un peu américan dans le délire (rires).

Le projet d’être pro est arrivé tout de suite ?

Oui et non. En fait avec mes potes quand on a tous commencé à faire du BMX, du skate, il y avait tout de suite une dimension voyage. Sur le chemin du collège y’avait un petit van Volskwagen et je me souviens on se disait « un jour on va tous partir en trip rider autour du Monde ». Donc il y a avait pas encore le côté « on va avoir des sponsors etc », je pensais pas qu’on pouvait en vivre, surtout en France et à l’époque. C’était juste un hobby, et un rêve imagé plus qu’un rêve économique.

Du coup le voyage à une place importante dans ta vie ?

Pour ce qui ne connaissent pas, il y a plusieurs disciplines dans le BMX. Le race, qui est aux JO depuis 2008 je crois, ou c’est 8 mecs qui font la course dans des bosses, et après il y a le freestyle, avec notamment le flat, ce que je fais, des figures au sol, et le street, que je fais pas mal en ce moment. C’est utiliser le mobilier urbain pour réaliser tes tricks. Et les architectes de Paris c’est pas les mêmes que ceux de Cape Town ou Bogota, donc quand tu filmes à Cape Town avec la lumière qui est ouf la bas, ton édit il sera complêtement différent que si tu filmes à Paris en Novembre par exemple. Donc les marques elles t’envoient un peu partout pour filmer.

Et puis quand tu rides une ville, il n’y a pas mieux qu’en BMX. Déjà tu vas attirer un peu l’attention quand t’essayes un truc avec un crew et une caméra, donc tu vas parler aux locaux. Le mec du coin va te parler, te raconter un truc, et c’est trop bien pour découvrir la ville du pays, j’ai fait des supers rencontres comme ça. Ca créé une connexion direct avec les gens.

Tu disais que le foot t’avais dégouté des sports collectifs, mais est-ce que le BMX de part les rencontres, les voyages, n’est pas au final un sport collectif également ?

C’est très individuel en compétition, et très collectif en trip, sauf que les trips tu les fais avec les mêmes mecs avec qui t’es en compétition (rires). C’est comme si t’étais en compétition avec tes meilleurs potes, même si il y a forcément des mecs avec qui tu t’entends moins bien. Mais ça reste le plus collectif des sports individuels. Aussi parce qu’il y a pas d’argent dans le sport, ca reste très cool , y’a pas de gros intérêt économique, ca simplifie les relations (rires). Même en Championnat du Monde, quand t’as le mec en face, t’es limite content quand il ride bien, parce que tu sais à quel point c’est dur d’arriver à ce niveau. Tu sais qu’il a bossé comme un dingue parce que t’as fait la même de ton côté, tu peux pas tricher dans ce sport. Tu peux qu’être admiratif. Y’a pas la VAR, y’a pas de hors jeu, c’est juste des tricks.

Avec le COVID c’est quoi ton quotidien ? Y’a pas de compétition, très peu de voyage, c’est un peu de l’entrainement dans le vide non ?

C’est grave ça, c’est de l’entrainement dans le vide. Ça fait 15 ans que je suis pro, et globalement ça fait 10 ans que je suis dans un avion tout le temps, que ce soit pour une compet, pour filmer, et j’en avais marre en fait. Même si c’est une vie de ouf, c’est quand même assez répétitif, l’herbe est toujours plus verte ailleurs, je me disais que ce serait peut-être bien de se caller. Et pile au moment où j’avais envie d’en faire moins, que je me trouvais moins créatif, et que la jeune génération poussait grave, bah le COVID est arrivé. 2020 ça aurait peut-être été l’année de trop, donc c’est bien arrivé, ça m’a permis de faire un break (rires). J’ai pu me renouveler, inventer de nouveaux tricks, me recentrer sur moi-même et prendre soin de mon corps, parce que faire des voyages comme ça tout le temps ça fatigue, passer plus de temps avec ma copine, mon chien etc. Bon je suis content que ça reprenne hein (rires). On a les Championnats d’Europe normalement le 3 juin à Dortmund. Parce que ça commence à être long cet entrainement dans le vide ! Normalement t’as un but quand tu te reveilles le matin, t’entrainer pour une compet, pour une vidéo, alors que la tu vas t’entrainer sur des nouveaux tricks pour une compét dont tu ne connais pas la date, c’est frustrant. Mais j’ai de la chance d’avoir une équipe qui m’a suivit, notamment aux centre d’entrainement Red Bull en Autriche avec un nutritionniste qui me suit toutes les semaines, un coach mental etc. Mais j’ai beaucoup de chance d’avoir pris le Covid comme ça. C’est moi qui ai déclenché le Covid, breaking news (rires).

T’as une certaine maturité maintenant, déjà dans ton sport, mais aussi dans la vie, c’est ça qui t’aide à prendre du recul ?

C’est une période où tu peux vraiment te laisser porter par le bas, lâcher prise et attendre que ça se passe. Ceux qui s’en sortent le mieux c’est les gens ont pris le taureau par les cornes et qui se sont créés des opportunités. Moi je n’ai jamais eu autant d’opportunités que maintenant, notamment avec ma boîte de prod.

La dernière fois le mec me disait que j’étais une machine de contenu (un passant qui a reconnu Matthias lors de notre shooting, ndlr), mais je m’auto-inflige tous les jours de faire des stories sur Insta, je le fais pas pour les autres mais pour moi, ça m’active intellectuellement d’une certaine manière. Nous les humains ont va avoir besoin d’un but quand on se lève le matin, moi mon but en ce moment c’est de créer du contenu sur ma journée, c’est pas très sexy (rires). Mais faire des mini trucs pour se sentir utile c’est la clé pour s’en sortir.

Les JO de 2024 c’est ton objectif ? Ce serait ta porte de sortie ?

Ce serait clairement une sacrée porte de sortie, et je pense que si je fais une médaille aux JO à Paris j’arrêterai, sportivement en tout cas, je n’arrêterai jamais de faire du BMX. J’aime trop ça, mais je veux pas être le pro qui continu à gratter des démos à droite à gauche pour 500€. Franchement le jour où je mets fin à ma carrière j’appelle tous mes sponsors « merci pour le run c’était cool mais j’ai plus gout à ça ». Et l’après est en train de se tracer avec la boîte  de prod qu’on a monté avec mon agent.

Je veux m’arrêter sur un truc top en tout cas, donc les JO de 2024 ou les Championnats du Monde de 2026, c’est ça le plus dur quand t’es sportif. Comme Martin Fourcade qu’a arrêté alors que tout le monde lui disait qu’il pouvait encore gagner. Là tu restes une légende à vie. Tu finis 17èmeà tes derniers Championnats du Monde les gens vont se dire « ah c’est triste » et t’oublient un peu comme une merde. Faut pas faire l’année de trop. Mais oui forcément les JO ou faire 10 fois Champion du Monde ce sont des objectifs.

Et puis j’ai un back up derrière. Cette question elle me saoulait de ouf quand j’avais 20 ans « mais tu vois faire quoi derrière ? » mais cette question elle a grave de sens, il faut prévoir sa retraire quand t’es sportif. Même physiologiquement, tu crées beaucoup de dopamine avec le sport et ça peut te créer un manque, il faut diminuer doucement, pas tout arrêter d’un coup.

Et le mannequinat dans tout ça ? C’est un vrai projet ?

(Il souffle) Le mannequinat c’est venu un peu dernièrement, j’étais dans une agence à New York, où j’ai fait des trucs commerciaux, mais c’est surtout parce que je fit bien les fringues. J’ai pas la tête typique du mannequin, je suis pas beau comme un mannequin mais j’ai le corps qui fit bien, la bonne taille, du coup les marques me proposent des contrats, mais c’est pas du tout une carrière que j’ai envie de faire. Ca me remplit pas le cerveau quoi (rires).

Surtout mannequin mec, c’est un peu dur comme carrière. Les femmes c’est un peu des icônes, elles font pleins d’édito, de voyages sympas, les mecs on s’en fout un peu. Mais c’est cool économiquement, et puis aussi parce que c’est une expérience différente, et j’adore tester de nouveaux trucs. Comme avoir fait le film MILF, avoir pris des cours de comédies, c’est une corde de plus à mon arc.

J’avais justement lu que le cinéma ça t’avais plu, t’aimerai bien en refaire mais en même temps t’avais la flemme de faire des castings ?

C’est ça ! Y’a rien de plus ingrat qu’un casting (rires). Comme je te disais tout à l’heure y’a rien de plus vrai qu’une compét de BMX, t’es jugé sur 3 minutes sur ta performance. Un casting c’est un mec qui prends une décision un peu random « toi t’es cool, toi t’es pas cool ». Je crois que je ne serai pas assez patient et solide dans ma tête de me dire que je n’ai pas eu le casting. S’il y a des opportunités qui viennent je les prendrais, mais que ce soit le mannequinat ou le cinéma j’ai pas envie de me prendre la tête avec ça.

En parlant de mannequinat, quel rapport t’entretiens avec la mode ?

Ça a toujours fait partie intégrante de ma vie. J’avais un crew qui s’appelait Stereo Panda qui est devenu une marque ensuite, qui marchait plutôt bien à un moment. En fait la mode, le bmx, le skate ça s’est toujours croisé. Et puis aujourd’hui, surtout en période de Covid t’es limite plus créateur de contenu qu’athlète donc c’est cool de bien s’habiller dans les vidéos. J’ai vraiment un rapport particulier avec la mode, c’est pas juste pour les vidéos, j’aime bien voir ce qui se passe un peu en ce moment dans la mode, être à la page (rires).

Tu fais de la photo à côté, t’entretiens quel rapport avec l’image, mais cette fois ci celle des autres ?

La photo elle me suit depuis le début. Je me rendais compte que j’avais énormément de chance de voyager partout, et je voulais garder un souvenir de ces voyages, de ces rencontres. Mais pas une photo que tu vas perdre dans la galerie de ton téléphone. Très vite je me suis mis à faire de la photo argentique. T’as que 36 poses dans ta pellicule, ça coûte cher, ensuite tu vas les développer, du coup tu ne prends pas n’importe quoi en photo, tu prends les choses importantes à tes yeux. C’est ma forme de méditation un peu. Même maintenant dans la rue, quand je vois quelqu’un de beau, une jolie lumière, je le vois comme en photo, mon cerveau il est un peu monté comme ça maintenant. Et je suis de plus en plus intrigué par « l’aura » qu’on les gens.

C’est quoi les prochains projets ?

Là j’ai un projet avec l’Olympique de Marseille, ou ils vont me mettre à disposition le Vélodrome pour faire un peu comme ce que j’avais fait dans Paris « Unlocked Down ». Je vais pouvoir rider partout dans le stade. J’ai aussi un trip à Malaga pour la promo de mon nouveau cadre Haro « La Bastille ». Et puis il y a les Championnats d’Europe qui arrivent donc là je suis au taquet, sortir du Covid avec une victoire ce serait cool !

 

Crédit photo : Paul Fogiel/CyclonesMag

Assistant photo : Pierre Pomonti

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