Interview : Belles Et Buth de L’Encrerie

On s’est posé avec Belles Et Buth, tatoueur à L’Encrerie. L’occasion de parler cinéma, illustration, sapes et bien sûr tatouage !

Est ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours, comment t’es arrivé dans le monde du tatouage ?

 En gros ma mère avait pour ambition d’être prof d’arts, et même si elle n’a pas réussi, en tant que fils unique elle m’a toujours poussé à dessiner. « Tu t’emmerdes, tu dessines, tu t’emmerdes, tu dessines » ça a un peu été la solution de « secours ». Surtout qu’on avait pas forcément beaucoup de biff donc après m’avoir acheté mon matos, dès qu’elle voyait que je m’ennuyais, elle me sortait crayons et papier et elle me disait de dessiner, mais sans forcément me donner de cours ou de technique. Ensuite après le bac j’ai fait deux ans de médecine, mais j’étais pas assez bien classé pour faire ce que je voulais, alors j’ai fait deux ans d’arts appliqués. Puis des rencontres ont fait que petit à petit je m’en rapprochais. Sans forcément avoir pour idée de faire du tatouage, mais vu que j’étais dans l’illustration depuis tout petit, ça pouvait être un médium à utiliser. Et au final je suis arrivé à ça à force qu’on m’en parle, qu’on me dise de me lancer dedans. C’est comme bouffer des pâtes, on te dit « tu kiffes les pâtes mais t’as jamais fait de carbonara ? T’aimeras forcément les carbonaras comme t’aimes les pâtes et les lardons » et à force qu’on te le dise, tu te fais tes carbo. J’ai bien kiffé et maintenant ça va faire un peu plus de 3 ans que je me fais mes carbonaras tous les jours (rires).

T’as un style assez sombre, très noir, très peu voir même pas de couleur. D’où est ce que tu tires ton inspiration ?

 En fait j’ai pas spécialement d’inspiration dans le monde du tatouage, il y a des gens que j’apprécie beaucoup, mais étant donné que je faisais déjà un peu ce style la avant même d’être dans le monde du tattoo, mes inspirations sont autres. J’ai beaucoup grandi avec les comics, par exemple Spawn. Todd MacFarlane (créateur de Spawn) c’est un peu mon maître à penser. Cet univers un peu crade, glauque, ça me fait penser à Seven de Fincher aussi, l’univers polar qui pue la pisse, qui se passe la nuit, pour ça qu’il y a beaucoup d’aplats de noir dans mon travail. En peinture j’aime beaucoup tout ce qui est Goya, un univers dans lequel j’ai beaucoup grandi grâce à ma mère. Et puis avec le temps tu te spécialises, et dans l’illustration je suis devenu un peu plus mature en tombant par exemple sur des trucs de Gustave Doré (illustrateur du 19ème siècle) ou ça grouille de détails malgré le fait que ça reste assez sombre, mais j’aime bien le délire traité. Et puis il y a un gros travail d’adaptation. Quand tu commences à tatouer tu connais pas vraiment les règles du truc encore. À mes débuts, mes trucs, je savais pas comment ça allait vieillir, tu peux pas te projeter, et finalement tu t’adaptes au médium que t’utilises et tu te remets pas mal en question à te dire « ça j’ai pas l’habitude de le faire comme ça, mais si je le fais comme ça, en tattoo ça va vieillir comme ça » et t’arrives à un niveau de dessin, en tout cas pour moi, où quand je pose l’encre sur le papier c’est comme si je tatouais. « Ça va vieillir comme ça alors je vire, ça va faire une tâche ». Ça se rapproche pas mal de la gravure au final.

Après ma plus grosse référence ou source d’inspiration ça reste le cinéma. Mes deux parents sont cinéphiles, et j’étais beaucoup seul chez moi quand j’étais petit et souvent loin de mes potes pendant les vacances, donc parfois je passais des semaines solo. Bien sur j’avais mes devoirs, mais je dessinais beaucoup, et quand je dessine je me mets un film. J’écoute très peu de musique chez moi, ça c’est plus quand je tatoue ou dans les transports. Et je suis un gros gros fan du cinéma d’horreur. Et même enfant, mes parents ont pas été trop réticents à me mettre devant comme je faisais pas de cauchemars ou que j ‘étais pas un gamin instable ou hyperactif. À 7 ans je me suis maté Shining seul par exemple si tu veux voir un peu mon background (rires). C’est un univers que j’ai digéré étant jeune et que j’ai ensuite un peu « vomi » dans mes illustrations. Je suis aussi un gros fan d’Alien, et de Giger (créateur des Aliens du film) par la même occasion. Même si je trouve ça vraiment naze le biomécanique dans le tattoo, je comprends pas qu’on arrive à ça quand on voit ce que lui a fait. Mais j’aime mettre de l’organique partout, même quand je fais des tattoos qu’ont pas vraiment de rapport, je trouve que ça donne un peu de la vie. C’est un truc qui m’a pas mal inspiré pour mes poissons par exemple (voir photo).

C’est bien que tu mentionnes ça, parce qu’on voit que tu tatoues pas mal d’animaux, ou de plantes…

 En fait à la base je voulais faire véto. J’ai pas mal grandi avec des animaux à la maison. Mais étant une « merde » en cours, je me suis rendu compte que c’était un truc qui m’était peut être pas accessible en voyant mes notes, donc je me suis orienté vers la médecine, mais même là, les deux ans, j’étais dans la moyenne mais pas assez bien classé pour passer en deuxième année.

Qu’est ce que tu penses de l’évolution du tatouage où tout le monde est tatoué, plein de gens veulent tatouer, est ce que c’est une bulle qui va éclater ou c’est un phénomène qui maintenant est bien ancré dans la société actuelle ?

 Forcément quand un truc se développe il y a un phénomène de mode, dans n’importe quel secteur. Mais le fait que ça se développe bien ça a ses côtés positif comme négatif, mais je vais pas te dire que c’est nul. Il y aura forcément des trucs qui vont se développer et qui seront pas sain avec des gens qui sont crades, et c’est un milieu où il y a une certaine éthique à avoir. Que ça se développe c’est cool mais faut pas que ça se développe trop non plus, quand tu vois Najat Vallaud-Belkacem qui voulait faire son CAP tatouage, après ça va faire des chaines comme le McDo et faut pas que ça aille là dedans, ça reste à la base un art ancestral. Mais après tant mieux, on regarde moins les gens tatoués comme des gens qu’il ne faut pas fréquenter, et je pense même que maintenant les gens s’en branlent. Et différentes industries vont s’y intéresser ce qui nous permet de travailler pour des projets qui n’ont rien à voir.

Ta connexion avec L’Encrerie, c’est arrivé comment ?

 C’est arrivé naturellement. On c’est croisé à des événements avec Léo et Jey (les deux fondateurs de L’Encrerie), ils ont vu mes dessins, m’ont dit qu’ils étaient intéressé à ce que je les rejoigne si je persévérais dans le tatouage, ce que j’ai fait, et comme l’a dit Léo « à force de se renifler le cul » on a compris qu’on était dans le même délire (rires).

Comment t’expliques la notoriété que vous avez acquise à L’Encrerie en si peu de temps, en dehors du talent évident que vous avez ? On vous voit souvent en soirée, vous êtes invités par des marques etc, et c’est un truc qu’on aurait pas forcément vu il y a 15 ans avec Tintin par exemple. Comment t’expliques que vous êtes devenu des « influenceurs » ?

 Je pense que c’est déjà lié au fait que l’enseigne (L’Encrerie) est toute particulière. On est 6, chacun avec notre style, on vient tous de l’illustration à la base. C’est un peu comme un cabinet de curiosité, ne serait ce que la déco du salon. Y’a pas écrit tattoo en énorme sur la devanture, on a même des personnes âgées où des gens qui rentrent en pensant qu’on vend de l’encre (rires). Et ça met un genre de filtre d’une certaine manière, avec une clientèle qui est curieuse et intéressée, les gens vont fouiller, faire l’effort d’aller sur Instagram, et de vraiment fouiller comme ce qu’on faisait nous plus jeune sur internet où fallait vraiment fouiller pour trouver quelque chose. Maintenant tout est vraiment à disposition et donc nous on essaye à notre manière de redévelopper tout ce truc là. Et je pense que si des marques s’y intéressent c’est parce qu’on est atypique, et surtout on essaye d’être vrai. Et de nos jours y’a trop de fake, trop de gens qui vont s’afficher, sur les réseaux par exemple, et montrer des choses qu’ils ne sont pas derrière. Si on regarde Supreme, c’est une marque de skate à la base, et leur lookbook ils vont les shooter en bas des blocks, et ce qu’ils veulent dégager c’est du vrai, et les gens vont s’y identifier. Et de notre côté le fait d’être vrai, et qu’on soit une bande de potes, au final ça donne envie aux gens de taffer avec nous.

On t’a déjà vu faire du design de selles de BMX pour notamment Alex Jumelin et Saint Martin BMX, est ce que t’as d’autres projets dans le même genre qui arrive, que ce soit seul de ton côté ou en collaboration avec une marque ?

 J’ai deux t-shirts et un hoodie en préparation, et ça risque fortement de dériver sur du textile un peu plus poussé derrière comme des pantalons ou des vestes. Je vais commencer simple comme beaucoup l’ont fait mais j’ai pas envie de faire du basique avec juste un dessin posé sur un t-shirt, même si ça reste cool et que j’en porte. Mais j’ai envie de trouver des virages plus intéressant, et pourquoi pas caler ça sur une marque ensuite et pas juste rester sur du produit dérivé de mon profil de tatoueur. C’est prévu que l’univers marin soit très ancré dans la marque, comme je viens de la mer à la base, avec pourquoi pas du k-way, de l’imperméable… Et dans un truc complétement différent j’aimerais bien faire des jouets, mais pas forcément de l’artoyz que des gens mettront sur une étagère ; ou travailler sur du blister. J’ai beaucoup grandi avec des jouets, alors bien sûr aussi avec des jeux vidéos comme pas mal d’entre nous, mais j’ai beaucoup joué avec des vrais jouets. J’ai même pensé à faire des livres pour enfants, même si par exemple le fait de redessiner toujours le même mec pour une BD ça me saoulerait un peu à la longue. Mais voilà faire du beau livre, du recueil d’illustrations, des encyclopédies inventives. J’ai envie qu’il y ait une trace papier, je comprends les délires des Kindles etc mais il faut imprimer de l’encre sur du papier ! Avoir du concret, de l’interactivité. Et avoir un public différent, pas juste les gens que je tatoue, mais aussi des gens qui n’ont rien à voir. L’œil des enfants est le plus important pour moi, voir par exemple qu’ils regardent mes tattoos, qu’ils kiffent.

Et avec L’Encrerie, quels sont les projets ?

 Ça avait déjà sortie de la sapes avant que j’arrive, et on a pour projets d’en ressortir prochainement. On va essayer de faire les choses pour que les gens soient surpris, ça risque de faire du bruit. Ça devrait arriver incessamment sous peu donc Stay Tuned comme dirait l’autre (rires) !

Retrouvez Belles Et Buth à L’Encrerie (2 rue Lacharrière Paris 11) et pour prendre rdv : bellesetbuth@gmail.com

 

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