Rap et anniversaires : 10 albums qui fêteront leur 5, 10, 15 ou 20 ans en 2017

Chaque année va avec son lot d’anniversaires à souhaiter. Et les œuvres d’art comme les albums rap n’échappent pas à la règle. Voici donc le calendrier d’anniversaire de 10 albums qui auront en 2017 cinq, dix, quinze ou vingt ans. Bonne écoute.

Quoi de plus normal que de fêter tous les ans, à la même date, le jour où l’on est venu au monde. Mais tous les anniversaires ne se valent pas. On accorde en effet plus d’importance à certains plus qu’à d’autres. Ainsi, on ne célèbre pas de la même façon les quatre ans d’une personne que ses 18 ou ses 25 ans. Et pour la musique, c’est la même. Pour les œuvres intemporelles telles que les chansons ou les albums (ce qui nous intéresse ici), on préfère les chiffres ronds, ceux finissant par un 0 ou un 5 – exception faite du premier anniversaire qui reste symbolique.

Alors pour vous permettre de vous la raconter en société, de (re)découvrir des pépites ou si vous envisagez d’organiser une soirée en l’honneur de l’un des albums cités ci-dessous, voici leur calendrier d’anniversaire 2017. Pour ceux qui auront donc 5, 10, 15 ou 20 ans, au cas où ce n’était pas encore assez clair.

Booba – Temps mort, 15 ans le 22 janvier

Pour certains, la carrière solo de Booba ne se résume qu’à un seul album, son chef d’oeuvre ultime pour ces mêmes personnes : Temps Mort. Il faut dire que rares sont les premières fois qui marquent autant, surtout dans le rap. Même s’il avait frappé très fort avec Lunatic et leur seul et unique album Mauvais Œil, Booba, la figure la plus exposée du groupe, a influencé toute une génération de rappeurs et laissé une trace indélébile dans l’histoire du rap français avec son premier solo. Comment ? Grâce à ses morceaux à l’ambiance pesante et sombres façon Queensbridge, sa plume trempée dans l’asphalte – comme il se décrit lui-même (« Le bitume avec une plume« ) – et ce flow rugueux et austère mais qui colle tellement à l’atmosphère générale de Temps Mort. Un album à écouter en dégustant un plat de « pâtes à l’oignon. »

Youssoupha – Noir Désir, 5 ans le 23 janvier

La troisième aura donc été la bonne pour Youssoupha. Le succès d’estime déjà dans la poche, il ne lui restait qu’à réaliser un carton dans les bacs. Chose faite avec Noir Désir, troisième album du « Lyriciste bantou » qui l’a propulsé dans la sphère mainstream pour de bon. Grâce à des titres comme « Dreamin« « Les disques de mon père«  ou « Histoires vraies« , l’auteur d’« Eternel recommencement«  a réussi à briser son image de rappeur underground. Mais si Noir Désir a permis à son auteur de conquérir un public plus large, la galette contient aussi des sons pour les fans de la première heure. Le ton est donné dès le début avec « L’amour » et « Viens« , deux morceaux dans la droite lignée de ce que Youssoupha sait faire de mieux. On retrouve aussi le Youssoupha plus vindicatif (« Menace de mort« , « L’enfer c’est les autres« ) et terriblement lucide par moments, comme sur le titre éponyme avec notamment cette phase : « Le premier ennemi de l’homme noir reste l’homme noir. » A ce jour, Noir Désir reste le meilleur album dans la discographie du leader de Bomayé Musik (le nom de son label, ndlr). Ou quand des sons calibrées et efficaces peuvent aussi être de qualité.

Soprano – Puisqu’il faut vivre, 10 ans le 17 février

Avant de devenir chanteur à succès, Soprano était un « Mélancolique anonyme« . Le genre à partager avec son public ses séances chez le psy, allongé sur « Le Divan« . Dans Puisqu’il faut vivre, premier album solo du rappeur marseillais, on le suit en pleine introspection, se livrant sans concession sur des sujets aussi sensibles que la dépression, le suicide ou la paternité. Un exercice rare dans le rap français de l’époque. Mais si le ton global est résolument triste, Soprano n’oublie pas les moments de joie et de partage. « Halla halla«  ou « A la bien«   par exemple sont deux parenthèses joyeuses dans la mélancolie ambiante. Quand « Welcome« , avec les Psy 4 au complet, fait figure d’exutoire rap, dans le sens kickage du terme. La thérapie a semble t-il été concluante pour Sopra M’baba, en plus d’être d’être bien réalisée, si l’on se réfère à l’état d’esprit actuel du rappeur.

Klub des Loosers – La fin de l’espèce, 5 ans le 5 mars

Le retour de l’un des groupes phares de la scène dite « alternative » au début des années 2000. Huit ans après le classique Vive la vie, album dans lequel Fuzati nous transportait dans son univers de jeune adulte torturé, le Klub des Loosers revient avec un nouvel opus. Les années ont passé et cela s’entend. Le rappeur masqué débarque avec plus de flow, et si le fond reste d’un profond cynisme et d’une misanthropie assumée, sur la forme, les thématiques sont loin de celles abordées sur le premier album. Dès le début, le F fait le deuil de ses jeunes années, lui qui pensait au suicide mais s’est finalement raté (« C’est une seconde naissance, j’ai buté mon adolescence » sur « Vieille branche« ). Il est aussi question du monde du travail (« L’Indien« ), de filiation (« Non-Père« ) mais surtout de l’Homme en tant qu’espèce, coupable des pires maux sur cette planète et qui continue de se reproduire. Bref, un album à ne surtout pas écouter si l’on rêve de famille nombreuse. Pour tous les autres, c’est une merveille de composition et d’écriture.

IAM – L’Ecole du Micro D’Argent, 20 ans le 18 mars

Tout simplement le meilleur de l’histoire du rap français !

Notorious Big – Life After Death, 20 ans le 25 mars

« Some says Ready to Die is Biggie’s best, but then again there’s always Life after Death« , chante Jin dans « Top 5 (Dead or Alive)«  , sa chanson hommage aux figures majeures du rap outre-Atlantique. Car oui, le premier album de Christopher Wallace est considéré, à juste titre, comme le meilleur de sa trop courte carrière. Mais son successeur, à l’intitulé tristement prémonitoire (Notorious Big est mort le 9 mars 1997 avant la sortie de son second album le 25 mars 1997, ndlr), ne démérite pas, malgré une qualité forcément inférieure, la faute à son format (double-album). Heureusement, la maîtrise du flow chez Big Poppa et son sens de la narration (« Ten Crack Commandments« ) font de Life After Death un très bon album qui regorge tout de même de tubes intemporels (« Hypnotize« , « Mo Money Mo Problems«  et « Sky’s The Limit« ). La vie après la mort c’est donc ça en fin de compte.

Clipse – Lord Willin, 15 ans le 20 août

C’est l’histoire de deux duos de Virginie qui s’allient pour travailler sur un album. A gauche, Malice et Pusha T, frères dans le civil et les deux membres du groupe Clipse. A droite, Pharell Williams et Chad Hugo, génial binôme de producteurs plus connu sous le nom de The Neptunes. Et quand les premiers rappent sur les prods des seconds, cela donne Lord Willin, premier album – et classique – du groupe. Génies du flow, Malice et Pusha T ne se considèrent pourtant pas comme des rappeurs mais plutôt comme des acteurs du drug game. Cette mince frontière entre le deal et le rap, Nas en a fait une rime, Jay-Z une chanson et Clipse une philosophie. Côté production, les Neptunes délivrent aux deux frères Thornton la bande-son idéale pour leurs histoires de réapprovisionnement, de pyrex et autres substances illicites.

Kanye West – Graduation, 10 ans le 7 septembre (en France)

La fin d’une trilogie. En 2007, le petit ourson débarqué avec College Dropout est enfin grand et prêt à voler de ses propres ailes avec Graduation. Ce troisième album de Kanye West vient conclure une trilogie oursonnesque de toute beauté. Toujours novateur, l’artiste chicagoan a surpris son monde (ou pas) avec son sample de Daft Punk sur le premier single « Stronger« . Un chouia plus pop que ses deux prédécesseurs, ce troisième et dernier volet est une nouvelle masterpiece signée Mr. West. Tant dans les sonorités (« Can’t tell me nothing« , « Barry Bonds » et surtout « Flashing Lights« ) que dans l’interprétation où Kanye maîtrise davantage son flow. A noter également à la toute fin, la déclaration d’amour de Kanye West à Jay-Z sur « Big Brother« . Et rien que pour ça, aujourd’hui, l’album mérite d’être réécouté.

Sean Price – Mic Tyson, 5 ans le 30 septembre

Une voix reconnaissable entre mille, un gimmick légendaire (« P!« ) et un rap qui transpire Harlem, ses rues crasses et ses histoires de dope. Voilà en quelques mots qui était Sean Price, mort en juillet 2015 – même s’il en faudrait beaucoup plus pour résumer la vie et la carrière du bonhomme. Trois ans avant de passer l’arme à gauche, le emcee new-yorkais revenait avec Mic Tyson, son troisième album solo. Au programme, comme toujours, du découpage d’instrus, de l’egotrip et une touche d’humour. En somme, tout l’univers qui fait que Sean Price est Sean Price. Avec ce troisième effort, le rappeur de l’écurie Duck Down complète une discographie plus que respectable que beaucoup de ses collègues envieraient. Un album à conseiller à tous les fans de rap East Coast et de son boom-bap bien vénère.

Kendrick Lamar – Good Kid, m.A.A.d City, 5 ans le 22 octobre

Il y a cinq ans, Kendrick Lamar nous gratifiait enfin de son premier album. Après deux projets réussis – Section 80 et Overly Dedicated – il s’était imposé comme l’un des meilleurs rappeurs de sa génération, si ce n’est le meilleur. Deux sorties qui ont généré une attente chez les fans et la critique, impatients de voir s’il allait réussir à convertir l’essai avec son premier long format. Et le rappeur californien a répondu de la plus belle des manières en délivrant avec Good Kid, m.A.A.d. City un sublime premier album. Porté par des titres tels que « Bitch, Don’t Kill My Vibe«  et « Poetic Justice« , en passant par « Swimming Pools (Drank)«  et le banger « Backseat Freestyle« , Kendrick a montré les longs des douze titres du LP, pour ceux qui auraient pu en douter, qu’il a bien l’étoffe d’un grand. Qu’il rappe avec  son pote de label (Jay Rock sur « Money Trees« ), avec un vétéran de la scène West Coast (MC Eiht sur « m.A.A.d City« ) ou la légende du rap californien, Dr. Dre himself (« Compton« ), le jeune K. Dot affiche un niveau impressionnant. Qu’il a réussi à maintenir par la suite, au point d’être considéré aujourd’hui comme le best rapper alive.

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