Movie Review #9 : Get Out

Après une campagne de communication de grande ampleur et fort de son succès sur le territoire américain, Get Out est sorti il y a plus de 10 jours dans les salles françaises, alors qu’il n’était initialement pas prévu (merci Universal Pictures International France). L’occasion pour nous de décrypter ce film dont on va entendre parler encore longtemps.

Synopsis

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean, les parents, lors d’un week-end sur leur domaine dans une banlieue chic des États-Unis. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out est issu de l’esprit tortueux et génial de Jordan Peele. Pour ceux qui ne le connaissent pas (honte à vous !), Jordan fait partie du duo comique « Key and Peele » qui a sévi sur la chaine du câble US Comedy Central entre 2012 et 2015. Au côté de Keegan Michael Key, ils se sont fait connaître avec une émission humoristique faite de sketchs et de pastilles ultra prisés sur le net. Traitant de sujets aussi divers que les rapports homme/femme, le racisme ou encore les relations entre blancs et noirs aux États-Unis (déjà), leurs nombreuses vidéos culminent chacune à plus de 10 millions de vues sur Youtube et ont entrainé une foule de memes. Une renommée qui leur a ouvert de nombreuses portes puisque les deux larrons ont pu s’offrir par la suite des apparitions télévisées avec Barack Obama ou encore travailler sur la saison 1 de la série Fargo.

Get Out est donc le premier essai de Jordan Peele en tant que réalisateur. Chapeauté par le studio Blumhouse, producteur des cartons horrifiques Insidious, Paranormal Activity ou encore Sinister, le film est distribué en France comme un véritable film d’horreur alors qu’il est bien plus complexe que cela.

Les personnages de Rose et Chris sont campés par deux acteurs bien connus des fans de séries : Allison Williams, la « Marnie Michaels » du drama « Girls » et Daniel Kaluuya, « Posh Kenneth » dans la première génération du teen drama anglais « Skins ». Il a aussi été vu dans un excellent épisode de Black Mirror, un point qui est intéressant de relever car sur de nombreux aspects, Get Out ressemble à un épisode de l’anthologie créé par Steven Moffat. Même procédé scénaristique, une ambiance pesante parfois absurde ainsi qu’un ton similaire. Get Out est donc un savant mélange de plusieurs genres : la satire sociale, le film d’horreur et la comédie horrifique… Mais le film traite d’un seul et même sujet, les relations entre blancs et noirs aujourd’hui aux États-Unis.

Film coup de poing, Get Out montre qu’il est difficile voire dangereux d’être un jeune homme noir dans une société américaine définie par et pour l’homme blanc. Surtout il souligne habilement que le racisme ne prend pas toujours les traits d’écervelés violents et incultes (la figure du « redneck ») ou encore du néo-nazi traditionnellement dépeint dans le cinéma américain mais peut être ancré chez la personne à l’aspect le plus ouvert. Via la figure des Armitage, Get Out met en exergue une autre forme de racisme envers les noirs. Un racisme moins tangible mais tout aussi dangereux que le racisme frontal et « décomplexé » puisqu’il sévit à travers le comportement maladroit et parfois hypocrite d’une communauté blanche libérale, censée être aux antipodes de toute pensée raciste, mais qui contribue à enfermer l’homme noir dans des stéréotypes : le noir comme « grand enfant », symbole du « cool », « véritable bête physique » dans le sport, etc. Le film va même plus loin dans la dénonciation en rapportant de façon habile et frappante la vampirisation de la culture noire américaine par la communauté blanche #spoiler (grâce à la secte mystico-scientifique des Armitage qui enlève des noirs pour utiliser leurs corps comme réceptacles afin d’allonger l’espérance de vie de vieilles personnes blanches aisées) #spoiler. La manière dont celle-ci est reprise, vidée de son essence originelle et pervertie pour qu’une minorité, qui n’en est pas forcément issue, puisse prospérer à ses frais.

Le twist final #spoiler (faisant écho aux nombreuses « bavures policières » et véritable pied de nez à la funeste actualité) #spoiler n’en est que plus réussi. Le violent affranchissement du personnage principal jusqu’à son sauvetage final peut paraître un brin excessif mais l’on comprend très vite le but recherché par ce passage, à l’image de la fin de Django Unchained de Quentin Tarantino.

Le premier long-métrage de Jordan Peele a déclenché pas mal de discussions depuis sa sortie. Il serait intéressant de voir quelles sont les principales réactions que le film a suscitées, notamment auprès des différentes communautés mises en avant dans celui-ci, c’est à dire blanche et noire. À titre personnel, j’ai vu le film seul assis à côté d’un couple de jeunes « caucasiens ». En sortant de la séance, j’ai eu la chance d’entendre la nana dire en substance à son mec : « Je ne comprends pas, j’ai passé mon temps à sursauter alors que le mec à côté n’a pas bougé une seule fois ». Cette phrase résume à elle seule la force du film. Je n’ai pas vu le film comme un film d’horreur à part entière mais plutôt comme une bonne satire passant de genre en genre avec aisance et sans brouiller la nature du propos. Mais tout comme elle, j’ai passé un bon moment durant les 1h44 minutes que dure le film.

Véritable carton critique, Get Out est aussi une formidable réussite financière. Avec un budget de 4.5 million de dollars, ce qui est dérisoire pour le cinéma américain actuel, le film devrait rapporter plus 300 millions de dollars dans le monde ! Un film qui nous fait dire qu’avec peu de moyen mais des idées originales et courageuses, il est encore possible de produire de vraies prouesses au cinéma.

Get Out, par Jordan Peele, est actuellement en salle.

Les anciennes critiques de film sont à retrouver ici.

A PROPOS
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