Movie review # 8 : Moonlight

Ce dimanche 26 février et après un imbroglio inédit, « Moonlight » a reçu l’Oscar du Meilleur Film. Un titre accompagné de deux autres : l’Oscar du Meilleur Second Rôle attribué à l’excellent Mahershala Ali et celui du meilleur scénario adapté. Cette 89e cérémonie des Oscars et ce sacre viennent donc mettre fin à deux ans de polémiques avec à son apogée le fameux #OscarsSoWhite. Outre « Moonlight », « Fences » via Viola Davis, « Hidden Figures« , les documentaires « 13th » d’Ava Duvernay et « OJ : made in America » ont été récompensés. Mais ces différentes récompenses ne sont pas des lots de consolation visant à montrer qu’Hollywood n’est pas raciste. Elles viennent sacrer l’excellence atteint par différents acteurs issus de la diversité, et en cette année 2017 Moonlight en est son meilleur représentant. Voici pourquoi.

Réalisé par Barry Jenkins, « Moonlight » est une histoire ayant pour théâtre (c’est le cas de le dire) un « terter » de la basse Floride. Un enfer humide fait de logements sociaux étriqués, de ruelles grisâtres peuplées de membres de gangs, de dealers et de « crackheads ». C’est dans cet environnement chaotique que Chiron, le personnage principal, doit évoluer, entre une mère qui l’élève seule, qui jongle entre les petits boulots et son addiction au crack, et des camarades de classe qui se mettent à le harceler du fait de sa différence. En effet, Chiron est différent et ceci depuis sa plus tendre enfance. C’est un personnage solitaire, mutique mais intelligent et lucide sur son sort. Il comprend très vite qu’il ne peut pas se permettre d’être « lui-même » dans un univers aussi violent.

Ainsi, « Moonlight » est un film hors du commun et ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord au niveau de la diversité et de la complexité des sujets traités. Le film aborde avec une justesse rare des thèmes épineux comme la perception l’homosexualité au sein de la communauté afro-américaine, la drogue, la violence, notamment en milieu scolaire, la pauvreté et l’acceptation de soi. C’est simple, jusqu’à aujourd’hui, et à de rares exceptions, l’homosexualité était un sujet tabou ou un ressort comique dans le cinéma afro-américain. Le film de Barry Jenkins aborde ce thème avec un œil nouveau, de façon juste et pudique. De plus, Moonlight réussit la prouesse de retranscrire avec réalisme la violence et la pauvreté qui minent une partie de la communauté afro-américaine sans tomber dans la caricature. Le fait que l’action se déroule dans le sud de la Floride et non pas dans le prototype du « hood » noir-américain (au choix : la Californie, Détroit, Chicago, Atlanta…) donne d’ailleurs plus d’authenticité au récit.

Moonlight, c’est aussi une fresque en trois actes, trois « volets » portant les différents noms et surnoms dont le personnage principal est affublé durant le film : Little, Black et Chiron. Une structure que le film doit à son matériel d’origine, la pièce autobiographique « In Moonlight Black Boys Look Blue » de Tarell Alvin Mc Craney, d’ailleurs co-scénariste du film. Cette formule est intéressante car elle permet de suivre de façon limpide et efficace l’évolution de Chiron et son entourage. Surtout, ce découpage permet à certains détails d’entrer en résonances entre eux tout au long du récit. Par exemple, la bande son du film reflète de façon subtile l’état d’esprit de Chiron durant les trois phases de sa vie. Aussi, la manière dont les couleurs sont perçues par les protagonistes ainsi que la manière dont elles sont retranscrites à l’écran a une réelle importance. Surtout la couleur « bleue » : le bleu du clair de lune, le bleu de l’océan qui est d’ailleurs très présent dans le film. On pense ainsi à la scène de la baignade que l’on peut voir dans le trailer et qui prend une signification quasi religieuse.

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Enfin, de la réalisation au script en passant par le casting, « Moonlight » rassemble une équipe talentueuse. Barry Jenkins, dont c’est ici le second film, est promis à une belle carrière. Il planche actuellement sur « The Underground Railroad« , une fiction au format série retraçant la lutte de deux esclaves noirs-américains fuyant leur plantation de Georgie en empruntant le fameux « chemin de fer clandestin ». Surtout le film a permis de mettre en avant l’acteur Mahershala Ali, brillant dans le rôle de Juan (les fans de SF reconnaitront le « Richard Tyler » de la série « les 4400« ) , »Miss Moneypenny » Naomi Harris et la talentueuse Janelle Monaé qui s’offre des débuts remarqués dans le cinéma (elle est aussi à l’affiche du succès « Hidden Figures« ). Et que dire des trois interprètes du personnage de Chiron : Alex Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes (bientôt à l’affiche du reboot du film « Predator » porté par Shane Black). Ils incarnent avec brio et cohérence un personnage complexe à trois moments bien distincts de son existence.

Tombant à point nommé vu le contexte social et politique régnant actuellement au États-Unis, « Moonlight » reprend le flambeau du controversé « Birth Of Nation » de Nate Parker et remporte un oscar mérité face à une flopée de grands films (on pense notamment à « La La Land » du talentueux Damien Chazelle). Ce sacre prouve par la même occasion que les polémiques autour de la question de la représentation de la diversité au cinéma hollywoodien ne tiennent pas forcément à la discrimination mais plutôt à la qualité des projets proposés et aux performances des acteurs qui en sont issus.

Réalisé par Barry Jenkins, Moonlight est toujours en salle. N’hésitez pas à laisser vos avis et commentaires sur les réseaux sociaux de Cyclones Mag.

Les anciennes critiques sont à retrouver ici.

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