Movie Review #7 « Batman V Superman : Dawn of Justice »

Une semaine après la sortie du tant attendu Batman V Superman Dawn of Justice, les premières critiques ainsi que les premiers chiffres au box-office sont tombés. Si le film se révèle être un succès au niveau financier, on ne peut pas dire qu’il fasse l’unanimité au niveau des critiques. Alors BvS vaut-il vraiment la peine de se déplacer ? Totale déception ou incompréhension… Voici quelques éléments de réponses.

Au risque de tuer tout suspense, BvS est un bon film… de super héros. Si vous n’aimez pas le genre ou que vous avez développé une intolérance à ce type de films (on ne peut pas vous blâmer), passez votre chemin. Il ne sera pas fait pour vous. Pour les autres, les fans du genre, les curieux et les amateurs d’action, vous passerez un bon moment. Voire un sacré bon moment.

En effet, BvS se révèle être vraiment ambitieux tant visuellement qu’au niveau du scénario. Rien d’étonnant quand on connait l’équipe derrière. Censé être la suite de Man Of Steel, le dernier reboot des aventures de Superman. BvS est réalisé par Zack Snyder, ancien publicitaire qui s’est fait connaitre en relançant les films de zombie avec L’Armée des Morts en 2004 (relecture du classique de Romero) ou en adaptant des comics (300, Watchmen), sur un scénario de David S. Goyer (Dark City, Blade, etc.) BvS se voit aussi adjoindre les services des frères Nolan à la production, connus pour avoir dépoussiéré Batman avec la trilogie du « Dark Knight » et lancés la mode des super héros sombres et réalistes.

En transposant l’affrontement de deux des plus grands personnages de DC Comics, Snyder et son équipe offrent aux studios Warner la réponse idéale à l’univers cinématographique développé par Disney avec ses licences Marvel (Iron Man, Captain America, Avengers I & II…). Surtout, ils réalisent (enfin) le rêve de milliers de fans : faire combattre Superman et Batman dans une « rencontre » mortelle. Une idée tirée de la saga « The Dark Knight Returns » imaginée par Frank Miller. Un arc narratif prisé du grand public, grâce à son ton sombre et pessimiste.

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D’ailleurs, le film s’en inspire grandement, développant l’opposition entre un jeune Superman, qui s’est révélé à la population mondiale en la sauvant des plans du Général Zod, et un Bruce Wayne âgé – qu’interprète à merveille Ben Affleck –, ayant raccroché sa cape et rendu amer par plus de deux décennies à combattre le crime. C’est clairement l’un des points forts de cette appropriation. Tout est fait pour accentuer cette opposition. Entre un héros tout puissant donc, extraterrestre et porteur d’espoir pour les gens, et un autre qui fait régner la justice par la terreur. Cela se retrouve aussi visuellement avec l’opposition entre la ville de Metropolis, toujours ensoleillée, et Gotham la sombre, quasiment toujours représentée de nuit. BvS est une fresque visuelle à la beauté « baroque », à mi-chemin entre 300 et Watchmen, mais dans un monde similaire au nôtre. On sent d’ailleurs l’influence de ces deux œuvres dans ce film, et c’est ce qui nous emmène sur les points négatifs.

Si Watchmen a assis la notoriété de Snyder dans le paysage cinématographique, c’est grâce au traitement visuel du réalisateur américain, mais aussi et surtout pour la complexité du scénario. Le cinéaste arrive à donner une réelle cohérence à l’uchronie tirée de la série de comics imaginée par le britannique Alan Moore. Il réussit à retranscrire sur grand écran les failles de ces supers héros sans super pouvoir (à part le Dr Manhattan) et explore avec brio leurs vieillissements, le doute chez les uns, la corruption voire la folie chez les autres.

Et c’est ce qu’il manque cruellement à BvS. On entrevoit la bataille idéologique entre Batman et Superman, la différence de caractère entre Bruce Wayne et Clark Kent. Pourtant, sur la longueur, l’affrontement ne se conclut que sur un combat, certes dantesque, mais axé sur le physique, enterrant pour le coup l’aspect psychologique du film. Sans doute contraint par les studios Warner, Snyder ne livre finalement qu’une sorte de longue (plus de deux heures !) bande annonce de la Justice League. Ce qui est embêtant lorsqu’on nous vend un film centré l’affrontement entre Batman et Superman pendant toute la période promotionnelle.

Si l’on comprend les motifs qui poussent Bruce Wayne à ré-endosser son costume (empêcher ce qu’il perçoit comme un être tout puissant de faire régner SA justice), le traitement de Superman (joué par un Henry Cavill un chouia « lisse ») laisse par contre à désirer, surtout pour un film qui se veut la suite de MOS. En effet, si l’on y voit bien l’Homme d’Acier en action, qu’en est-il de sa vie civile ? Comment arrive-t-il à concilier son alias (Clark Kent étant son costume) et son rôle de super héros ? Et sa relation avec Lois Lane, comment vit-elle son amour avec un extraterrestre ? Toutes ces questions auraient mérité d’être abordées et auraient contribué à donner de l’épaisseur à un Superman bien lisse qui subit les événements jusqu’au twist final (seul moment ou il prend une décision).

Outre le traitement bancal des personnages principaux, celui des personnages secondaires pose problème. A part Alfred Pennyworth (joué par Jeremy Irons) qui donne le change au torturé Bruce Wayne, les autres personnages secondaires n’apportent que très peu de profondeurs aux héros. A l’image d’une Lois Lane (la pourtant talentueuse Amy Adams) trimbalée dans ce film au gré du scénario sans l’influencer de façon importante.

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Pour conclure, BvS : Dawn of Justice est un bon film (de super héros) osant aborder des thèmes existentiels voire philosophiques. Il jouit aussi d’un potentiel énorme mais mal exploité, comme le montre la fameuse scène du « Rêve de Batman » qui, sans rentrer dans les détails (et sans spoiler), symbolise à elle seule toutes les forces et faiblesses de ce film.

Conscient des critiques qu’il avait visiblement anticipées, Snyder a d’ailleurs beaucoup communiqué sur la sortie de la version longue du film… en DVD. Ce « Director’s Cut » devrait contenir trente minutes de film en plus, selon le réalisateur lui-même, ainsi que des infos capitales pour la compréhension de BvS. Grosse surprise, la première scène de cette version longue a été dévoilée par les studios eux-mêmes. Et à la vue de celle-ci, on a hâte de découvrir le reste.


BvS : Dawn of Justice. Réalisé par Zack Snyder. Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Jesse Eisenberg, Amy Adams, Laurence Fishburne, Diane Lane, Jeremy Irons. Actuellement en salle.

Vous pouvez également retrouver nos anciennes critiques de film ici.

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