Movie review #10 : Baby Driver

La période estivale est propice aux blockbusters et autres films de grands divertissements. Cette année, derrière l’excellent épilogue de la saga « Planète des Singes » initiée par Matt Reeves, le formidable « Dunkerque » de Christopher Nolan ou encore le thriller « Wind River » se cache une autre pépite. Parmi toute cette fournée, c’est bien « Baby Driver » du talentueux Edgar Wright qui possède selon nous le titre officieux de meilleur film de la saison estival 2017. On vous dit pourquoi.

Synopsis :

« Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu. »

Sorti le 19 juillet dernier, « Baby Driver » est un film particulier. En effet, c’est celui du rachat pour Edgar Wright, le réalisateur derrière quelques uns des objets cinématographiques et sériels les plus intéressants de ces dix dernières années. On peut citer pelle mêle « Spaced », un sitcom passé à la postérité, mais aussi « Scott Pilgrim », un ovni filmique adulé par toute une armée de geeks. Mais ce sont surtout trois films rendant hommage aux films d’horreur, de science-fictions et aux buddy movies qui font aujourd’hui l’objet d’un véritable culte : la « trilogie du Cornetto ». Composée par « Shaun Of The Dead », « Hot Fuzz » et « Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde », cette série doit son nom à l’apparition d’une glace de la marque Cornetto dans chacun des films.

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Scénariste, réalisateur, acteur, clipard à ses heures perdues – il a notamment réalisé la vidéo de « Gust of Wind » de Pharrell Williams – Edgar Wright est un talent reconnu dans les coulisses d’Hollywood et adoubé par les plus grands (Spielberg et Tarentino entre autres). Mais comme certains avant lui – coucou Josh Trank – il s’est brulé les ailes au contact d’une grosse machine de l’industrie du film.

« Je pense que la réponse la plus diplomatique est que je voulais faire un film Marvel, mais je ne pense pas qu’eux voulaient un film d’Edgar Wright »

Wright devait en effet réaliser Ant-Man, l’adaptation d’un comics Marvel sur lequel il planchait depuis plusieurs années. Mais après avoir décroché le job, il est progressivement mis de côté par Marvel Studio pour être finalement remplacé par un réalisateur correspondant plus aux canons américains, le « Yes Man » Peyton Reed. « Je pense que la réponse la plus diplomatique est que je voulais faire un film Marvel, mais je ne pense pas qu’eux voulaient un film d’Edgar Wright » avancera-t’il d’ailleurs comme début d’explication lors d’un podcast organisé par le magazine Variety.  » Ça a vraiment été une décision qui m’a brisé le cœur, de devoir quitter le projet après avoir si longtemps travaillé dessus… ». Finalement réduit à un rôle de scénariste et producteur exécutif sur un film qui a connu un bon succès au box office, l’expérience a profondément marqué le réalisateur. En mal comme en bien puisque cela lui a permis de totalement s’investir sur un autre de ses grands projets : « Baby Driver »

« Baby Driver » est l’un de ses projets qui hante l’esprit d’un réalisateur pendant de nombreuses années. Pour Wright, le projet a bourgeonné près de il y a près de 22 ans. “C’est quelque chose que j’ai construit tout au long de ma carrière, en y pensant tout le temps, mais il n’y a que très récemment où j’ai senti que j’étais prêt à faire ce film” confiera-t’il d’ailleurs lors d’une interview à Paris Match. Un concept qui a pris forme une première fois de façon concrète au début des années 2000 donc avec le tournage de « Blue Song », un clip réalisé pour le groupe Mint Royale. Dans celui-ci, Wright mettait (déjà) en scène le chauffeur d’un braquage qui attendait ses complices, en train de dévaliser une banque en chantant et dansant sur le morceau du groupe britannique. Un clip que l’on retrouvera près de quinze ans plus tard presque à l’identique en scène d’ouverture du film.

Officiellement annoncé en juillet 2014, après le départ de Wright du film Ant-Man, « Baby Driver » a mis trois ans avant de débarquer en salle. De plus, chose étonnante, seulement trois mois ont été consacrées au tournage. Et pour quel résultat ! « Baby Driver » est un long-métrage simple (d’apparence) mais diablement efficace. Il réunit des genres aussi différents que le film d’action, le drame et la comédie avec brio certain. Il y a du « Drive » dans ce film, pour le rendu viscéral des courses en voiture ainsi que du « Ocean Eleven » pour la plongée dans l’univers des braqueurs. Le tout saupoudré d’une touche de WTF totalement assumée par les membres du casting.

D’ailleurs, l’une des formules gagnantes du film est clairement ce casting. Cette fine équipe est un savant mélange de stars montantes et d’acteurs confirmés. Ainsi le roaster comporte l’inusable Kevin Spacey dans le rôle de « Doc », un John Hamm post « Mad-Men », le « Punisher » Jon Bernthal et un Jamie Foxx inquiétant d’un côté. De l’autre, on retrouve tout d’abord la très belle Eiza Gonzalez, star de la série « From Dawn til Dusk », mais surtout la british Lily James qui interprète Debora, le love interest du personnage principal. Vue dans « Downtown Abbey », elle apporte beaucoup de fraicheur au film grâce notamment à son jeu tout en innocence et sincérité. Son personnage devient d’ailleurs le phare de Baby, alors tiraillé entre son désir de mener une vie tranquille et son implication dans le banditisme. Incarné par Ansel Elgort, Miles dit « Baby » travaille pour Doc, le parrain du crime local. Chauffeur de génie, il a pour particularité de rouler avec les écouteurs de son iPod (placement de produit oblige) vissés aux oreilles pour noyer ses troubles de l’audition, un traumatisme hérité d’un accident de voiture qui a tué ses parents. Vu dans la saga « Divergente » et dans « Nos Étoiles Contraires », Elgort prend du galon avec ce film. En effet, il réussi a faire vivre son personnage sans versé dans le cliché de l’anti-héros ténébreux, comme pouvait l’être Ryan Gosling par exemple dans « Drive ». Parfois espiègle, souvent mutique, il incarne un jeune homme vivant dans son propre monde, fan de musique, qui va se brûler les ailes aux contacts de personnages qui n’ont que la violence pour langage. Pour échapper à son quotidien et sa douleur, Baby se noie dans sa seconde passion : la musique.

La musique justement est un des éléments les plus importants du film si ce n’est l’élément le plus important. Tout d’abord, Wright comme James Gunn dans « Guardians of The Galaxy », à un usage à la fois diégétique et non diégétique de la musique. Traduction : elle fait entièrement partie de l’action puisqu’elle est entendue par les personnages principaux, au travers des différentes mixtapes de Baby qu’il concocte pour assourdir ses acouphènes et lui permettre de se concentrer lors de ses rodéos automobiles. Mais elle existe aussi en dehors du long-métrage en tant que bande sonore. Une BO que l’on vous conseille vivement d’écouter car elle contient quelques pépites. Aussi, les moments où certains éléments de la musique convergent avec certains bruits comme les explosions et ou les crissements de pneus sur bitume sont purement jouissifs. Cela montre à quel point la bande son a été conçu pour être au cœur du film. Conceptualisée par Wright, elle a été travaillée par Steven Price, compositeur britannique ayant déjà travaillé avec lui sur le « Dernier Pub avant la Fin du Monde ». Particulièrement doué, il a aussi œuvré sur la bande originale de « Gravity » d’Alfonso Cuarón, pour laquelle il a remporté l’Oscar de la meilleure musique originale et la musique du mauvais « Suicide Squad » de David Ayer en 2016 (seule réussite du film d’ailleurs). Enfin, la dernière preuve de l’importance de la musique dans « Baby Driver » est la présence de nombreux musiciens dans des rôles plus ou moins important : Flea des « Red Hot Chili Peppers », Sky Ferreira qui joue la mère de « Baby », Big Boi du mythique groupe « Outkast », Jon Spencer ou encore la moitié du duo « Run The Jewels », Killer Mike.

À l’heure des remakes insipides de films classiques, les adaptations de comics et les sagas sans fin (coucou « Transformers ») se succèdent au box office, il est vraiment plaisant de voir des réalisateurs tenter et surtout réussir à sortir des sentiers battus. On a eu une première surprise cette année avec « Get Out » de Jordan Peele. « Baby Driver » est notre second coup de cœur de cette année et, de loin, le meilleur film de la période estivale. Toujours en salle (plus pour très longtemps malheureusement), on vous conseille vivement d’aller le voir. Il serait dommage que vous passiez à côté de cette petite pépite.

Les anciennes critiques de film sont à retrouver ici.

PS : Un grand merci au site Écran Large et Sony Pictures France qui nous ont permis d’assister à l’avant-première du film.

 

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