Entretien avec Matthieu Dagorn, le street artiste derrière la bouteille collector #DesperadosAugmentée

Les amateurs de street art le connaissent sous le nom de LapinThur. Mais Matthieu Dagorn, de son vrai nom, est surtout un véritable artiste pluridisciplinaire. Graphiste, peintre, typographe, sculpteur et sérigraphiste, ce diplômé des Beaux Arts de Quimper s’est illustré grâce à son style singulier et hypnotique, fait d’animaux entremêlés de bandes et de motifs volumineux. C’est à l’issue de sa nouvelle prestation artistique pour Desperados, une bouteille disponible en édition limitée dont l’étiquette s’anime grâce à la réalité augmentée, que nous nous sommes entretenus avec lui.

Cyclones Mag : Comment est né le projet d’étiquette en réalité virtuelle ?

LapinThur : À l’initiative de MNSTR (agence de communication digitale, ndlr) qui voulait créer une étiquette en réalité augmentée suite au projet des « Francs Colleurs » qu’on avait déjà fait en amont. Ils ont proposé de développer ce projet d’étiquette en réalité virtuelle en collaboration avec le « 9e Concept », notre collectif d’artistes qui existe depuis 27 ans maintenant et dont je fais partie. Stéphane Carricondo (un des artistes fondateurs du collectif, ndlr) m’a appelé en me disant : « on a un projet utilisant le logiciel Tilt Brush by Google (application de dessin en réalité virtuelle développée par Google, ndlr)Cela correspond à ton travail et à ce que tu fais en vrai et cette fois, tu vas le faire en virtuel ». Ils m’ont donc calé sur le truc. Rapidement, il y a eu beaucoup de réunions, très productives. Je me suis  retrouvé avec des gens qui font de la vidéo, des gens qui développent des applications ou des logiciels comme Jérôme  qui s’occupait de nous pour Tilt Brush. De ces rencontres sont nées beaucoup d’idées. On a développé tout le concept de l’application ensemble, étape par étape. D’abord les premiers tests d’augmentation sur des bouteilles, puis la création en virtuel de dessins par dessus, enfin est venue toute l’autre partie. On a créé un studio et cette boîte blanche avec toute cette partie en réel pour montrer ce que je suis capable de faire artistiquement parlant. Et le virtuel correspond au reste.

Cela te permet de faire des choses qui ne sont pas impossibles, mais qui risquent de te prendre 3 ou 4 mois alors que là (avec Tilt Brush), cela ne nous a pris qu’une semaine à développer en virtuel. Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est que je peux transporter le spectateur directement dans mon propre univers. Il est immergé de A à Z. C’est ce que j’ai toujours rêvé de faire.

Tu n’as pas été déboussolé par ce procédé virtuel ?

Peut-être au niveau de tout le travail de sculpture. Pour résumer, lorsque tu traces un trait sur une feuille de papier, ce n’est pas la même chose que lorsque tu traces un trait dans l’espace : tu peux tourner autour, tu peux l’agrandir, le diminuer, changer sa hauteur par rapport au niveau du sol… Il y a plein de choses qui sont hyper perturbantes. Le temps d’adaptation peut être difficile pour les personnes qui ont l’habitude de dessiner uniquement sur du papier et qui ne sont peut-être pas initiées au dessin dans l’espace ou au volume. Moi j’ai trouvé ça complètement fou à partir du moment où j’ai fait un trait, (rire)s. J’ai pu passer en dessous, au-dessus… J’ai halluciné.

Le résultat de la room est bluffant. Comment as-tu bossé ?

À base de huit heures par jour avec le casque sur les yeux et au bord de l’épilepsie chaque soir au moment de m’en séparer (rires). L’usage que j’en ai fait ne devrait pas être la norme. Normalement, tu fais 1h30 avec des pauses voire des arrêts pour reposer tes yeux. Moi j’ai enchaîné des journées de 8 heures avec des pauses de 30 minutes pour fumer une clope ou manger, ensuite il fallait que je retourne dans la room… C’était assez fatiguant.

Tu avais dessiné des plans pour t’aider dans la progression de ton œuvre ?

Non. J’ai travaillé « sur le moment ». Je fais pareil avec les structures et les masques qui sont exposés en bas. Du coup, je ne sais jamais à l’avance ce que cela va donner à la fin. Petit à petit, au fur et à mesure, je vois ce qui se dessine, ce qui se développe et là je décide de ce qui va être ceci et de ce qui va être cela. À ce moment-là, dans ma tête, c’est fini. Là commence le travail de perception. Pour moi, dans ma tête, cela peut être un lion ou autre chose. Une autre personne me dira plutôt que c’est un hibou. Et du coup, la perception des gens est vachement différente de la mienne. C’est en cela que c’est cool, le regard de quelqu’un d’autre sur ton œuvre peut t’en donner une autre vision.

En explorant la room avec le casque de réalité augmentée, j’ai essayé de chercher des symboles cachés. Il y en avait ?

Il y a des trucs cachés oui. Il y a des masques un peu partout comme vous avez pu le voir effectivement. Il y a aussi un lapin qui est caché.

J’ai cru voir une femme à un moment mais je n’étais pas sûr.

Il y en a une. Il y a un œil aussi.

Enfin, la marque Desperados t’a t-elle donné des directives concernant ton œuvre ?

Non pas vraiment. La seule contrainte que j’ai eue était celle de me limiter au niveau du nombre de couleurs à employer pour une question d’impression. J’ai donc créé une gamme de couleurs de dix variantes mais ensuite j’étais libre. On a fait des propositions et c’est allé très, très vite. J’ai bien sûr fait quelques propositions initiales et les validations se sont faites très rapidement. Le projet a débuté début novembre et la bouteille ainsi que la room sont présentées aujourd’hui (mercredi 5 avril, ndlr). C’est assez rare pour la marque de faire un projet d’une telle ampleur, avec autant d’intervenants, à ce rythme. Mais cela s’est bien passé. C’était vraiment cool comme expérience.

La nouvelle bouteille Desperados Édition Augmentée est d’ores et déjà disponible en grande surface. Vous pourrez notamment explorer le design augmenté conçu par Matthieu Dagorn en téléchargeant l’application Desperados Édition Augmentée. Vous pourrez voir l’étiquette s’animer en 3D, pénétrer dans l’atelier et visiter l’espace en 360 degrés, naviguer dans la room, en explorer les moindres détails et assister aux coulisses de la création. Pour cela, direction Google Play ou l’App Store d’Apple.

 

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