Skate, photo, et vie healthy : rencontre avec Kenny Anderson

Crédits photo : Alex Pires Tous droits réservés.

Pour la présentation de sa nouvelle collection en collaboration avec Converse et Chocolate à Paris, on a rencontré Kenny Anderson, figure mythique du skate et véritable légende. L’occasion d’échanger sur le skate bien sur, mais aussi la photographie et sur son style de vie « healthy ».

Salut Kenny, alors Paris, j’imagine que ce n’est pas ta première fois ici, comment tu te sens dans la ville ?

J’adore cette ville mec, comme ville, comme endroit pour skater, ça devient un « petit centre » du skate. T’as des gens du Canada, des États-Unis qui viennent ici et à Barcelone. Barcelone a toujours été une Mecque du skate, et Paris le devient d’années en années.

Et comme ville c’est magnifique, je n’y ai jamais vécu, mais j’y ai passé assez de temps pour connaître les différents quartiers. Je découvre la ville grâce au skate, et aux restaurants (rires).

Je viens à chaque fois pour quelques jours, mais la dernière fois il avait plu presque non stop pendant 5 jours. Alors ca m’avait vraiment laissé le temps d’aller dans des musées, de chercher des restaurants vegans, et juste de marcher dans la ville.

Quand on regarde ton Instagram, tu en ressors comme quelqu’un de très humble, on y voit très peu de photos de toi, mais plus de tes amis, de kids qui skatent, ou même juste des photos de choses qui t’ont plu ou te touches. Quel rapport entretiens tu avec la photo ?

Le skate me permet de visiter la ville, mais j’ai toujours mon appareil photo autour du cou, et ca me permet de voir la ville différemment que s’y je cherchais juste le meilleur spot pour skater. Ou je vais même dans des endroits nuls pour skater, juste pour prendre des photos, et si j’étais « juste » un skater j’aurais jamais vu ces endroits la. Et ce qui est intéressant à Paris c’est de voir les différents quartiers. Ils se ressemblent et en même temps ils sont très différents, pas forcément dans l’architecture, quoi que, mais dans l’ambiance, les gens etc.

Crédits photo : Alex Pires Tous droits réservés.

« Si je n’avais pas le sentiment de le faire pour moi, je ne le ferais plus. »

J’ai lu quelque part qu’étant jeune, et même encore maintenant, tu étais timide, et que la photo était quelque chose qui t’avais aidé ?

 Ouais j’ai commencé au lycée, ou je prenais des cours de photo, c’est la que j’ai appris à développer. Bien sur tu vois des photos quand t’es jeune, celles de tes parents, mais c’est vraiment la que le truc m’a vraiment pris. Tu prends quelques choses en photo, puis tu l’imprimes sur du papier, tu vois vraiment la chose prendre vie d’une certaine manière. Je ne le fais plus vraiment personnellement, mais ca m’a vraiment ouvert les yeux sur le processus. Je ne suis pas un pro, mais j’aime vraiment prendre des photos, j’ai fait quelques expositions, mais ça me rendait trop anxieux alors je ne le fais plus (rires). J’en referait peut être, mais pour l’instant je me fais ma propre collection, juste pour montrer à mes enfants et mes amis.

Mais pour moi c’est comme le skate, je le fais parce que j’aime ça, et rien d’autre. Et donc le montrer, que ce soit le skate ou la photo, ça me rend anxieux, c’est pour moi, c’est comme montrer une partie de moi. Bien sur que t’apprends avec le temps, et c’est peut être ce qui te pousse à continuer pendant autant de temps. Si je n’avais pas le sentiment de le faire pour moi, je ne le ferais plus.

T’es dans le skate depuis très longtemps maintenant, quand tu regardes en arrière, est ce que tu te voyais devenir un pro-skater, et durer autant de temps surtout ?

Pas du tout, vraiment pas du tout mec. Je ne pense pas que tu puisses te projeter comme ça dans le skate, puisque tout peut s’arrêter si vite. Mais peut être que ma génération, mais aussi celle de maintenant, pousse vraiment le truc. Il y a de plus en plus de skate shop par exemple. La communauté grossit de jour en jour. Et c’est bien pour les jeunes que certaines marques soit la pour les aider. C’est une communauté très soudée. Aujourd’hui on peut dire qu’il y a une vraie histoire du skate.

Mais pour revenir à la question clairement non, je faisais juste du skate pour moi même. Et je suis très reconnaissant pour tout ce que cela m’a apporté, les opportunités, les voyages, ou faire des chaussures comme aujourd’hui par exemple. Et on grandis mais j’ai l’impression de faire la même chose que quand j’avais 15 ans, et c’est ce qui me plait. Et voir dans les skates park des gamins de 10/12 ans, on est juste la, on skate, et même si on parle pas la même langue, on se comprends, on parle le skateboard.

Crédits photo : Alex Pires Tous droits réservés.

« et même si on parle pas la même langue, on se comprends, on parle le skateboard »

Avec tous les réseaux sociaux, Youtube etc, est ce que tu penses que c’est plus facile pour cette génération ?

 À 100% oui ! Il y a même pas de question. Et les jeunes le savent, et donc beaucoup d’entre eux skatent pour cette raison. À mon époque, il fallait être riche pour que ton père ai une caméra, pour ça que je n’ai jamais imaginé être sponsorisé ou pro. Ça nous paraissait inatteignable. Et maintenant, la minute après leurs tricks, ils peuvent poster la vidéo sur Youtube, Instagram etc. Ça peut devenir viral dans le monde du skate, et tu commences à avoir des trucs. Mais je trouve ça super cool. C’est une nouvelle forme d’art, la façon dont tu te mets en scène, comment tu édites tes vidéos etc. Mais le plus dur, et le plus triste, c’est qu’il y en a tellement, que pleins de vidéos ne sont presque pas vue.

Tu parles de forme d’art, pour toi, le skate est un sport ou un art, ou c’est du 50/50 ?

 Je pense que le sport ne rentre même pas dans l’équation. Il y a bien sûr un aspect sportif dans le skate : principalement les compétitions. Mais c’est un bonus. C’est une forme d’expression, et c’est pour ça qu’elle ne peut être jugée. Tu peux aller skater sur ce half pipe particulier et être jugé dessus, mais pas dans l’ensemble. Et c’est pour ça que je suis le pire juge ! (rires)

Après c’est un bonus, tu peux y trouver de la motivation, tu peux gagner de l’argent, être vu, j’en ai fait. Mais un jour j’ai réalisé que ce n’était pas ce que je voulais faire, donc j’ai arrêté, et c’était en 2000, peut être un peu après mais assez rapidement.

Crédits photo : Paul Fogiel. Tous droits réservés.

Tu nous présentes aujourd’hui ta nouvelle collection avec Converse, comment c’est faite la connexion ?

 Ça a commencé en 1997 quand je me suis fait sponsorisé pour la première fois par eux. Il faisait leur première team de skate et j’ai donc été dans cette team, de 1997 à 2000 environ. Puis la société a été restructurée, et le skate n’était plus une priorité à ce moment précis (ndlr : Converse a été achetée par Nike en 2003). Et vers 2004/2005 ils ont recommencé la team et m’ont donc appelé directement.

Pour cette collaboration, l’idée était de reprendre les Converses originelles, et de les rendre plus solide, plus « skatable ». Dans les années 80 et même 90, tout le monde achetaient des Chuck Taylor, moi le premier. Dès 1999, lors de ma première fois chez Converse j’ai voulu faire une paire de Chuck, mais à cette époque c’était la période des grosses chaussures, très techniques. Mais aujourd’hui, je voulais vraiment faire les Chuck et les One Star et Converse a dit ok !

Et au final on se retrouve avec 3 paires en collaboration avec Chocolate désignées par moi même, qui me ressemblent, avec des matériaux que j’ai choisi.

J’allai justement te parler de ça, c’est ce qu’on appelle des paires vegans.

C’est vraiment ce dont j’avais envie. Aucun produit animal attaché à mon nom ou à mes chaussures. C’est quelque chose de très important pour moi. J’ai déjà fait des compromis par le passé, mais j’en ai marre aujourd’hui. Et donc quand Converse m’a demandé de faire une collection, j’ai dit ok, mais je veux utiliser ces matériaux, ou ne pas utiliser ces matériaux. En dehors du côté vegan, elles sont aussi fabriqué avec du coton bio et des matériaux recyclés. Et pas juste les chaussures, mais les t-shirts aussi, ou le coupe-vent qui est en nylon recyclé.

Je suis très heureux d’avoir pu réaliser ça, déjà d’avoir ma Chuck Taylor, mais surtout la manière dont elle a été faite.

Dans l’imaginaire collectif, on peut voir les skateur comme des gens qui boivent, fument, font la fête, ce côté un peu « punk » ou rebelle. Et on a toi qui mange vegan, fait attention à ta santé, et récemment Neen Williams disait pour Vice qu’il s’entrainait comme un joueur de foot maintenant pour pouvoir skater le plus longtemps possible.

Que ce soit Neen, ou moi, ou n’importe qui, et on peut enlever le côté vegan, mais juste le fait de prendre soi de soin, et bien j’aurais aimé avoir des pros qui tenaient ce discours la durant mon adolescence, ou ma vingtaine, ou même ma trentaine. Parce que quand tu te fais mal, et ça arrive très souvent dans le skate, et que tu ne te soignes pas proprement, tu vas le sentir, peut être pas de suite, mais dans le futur tu le payeras. Et je ne juge pas, si tu veux faire la fête, boire, fumer, c’est ton choix. Mais il y a toujours un réveil quand quelque chose t’arrive et que tu réalises tout ce que tu n’as pas bien fait.

J’ai eu une grosse blessure, ou les chirurgiens me disaient que j’avais besoin de chirurgie réparatrice, mais un médecin qui pratiquait la médecine naturelle m’a dit que je pouvais guérir sans tout ça. Et au final je me suis senti super bien, alors que certaines personnes me disaient que je ne pourrais plus jamais faire de skate.

Et j’ai donc appris à faire plus attention à ce que je mangeais, ce que je buvais, et sans se prendre la tête on peut trouver très facilement des produits qui te soignent naturellement. J’en parle beaucoup sur Instagram, et ça vient naturellement pour moi. Lorsque je fais certaines story sur comment je me soigne, et le lendemain matin j’ai eu 100 messages de gens qui me demandaient de l’aide, à propos de blessures, de régimes, même de dépression. Ça a été un vrai choc pour moi de voir le nombre de gens qu’étaient en connexion avec ces posts la. Ça m’est même arrivé de filer mon numéro à des mecs histoires de parler de leurs problèmes et leur histoire.

Le plus important est d’être conscient. Conscient de ce que tu fais, de ce que tu manges, de ce que ça fait sur ton corps, c’est le plus important.

La collection Kenny Anderson x Converse x Chocolate est d’ores et déjà disponible chez DayOff Paris – 20 rue Notre Dame de Nazareth 75003 Paris

 

 

 

Crédits photo : Paul Fogiel. Tous droits réservés

 

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