Album review #30 – Jay-Z : 4:44

Jay-Z est enfin de retour avec 4:44, son 13e album solo, qui marque un tournant dans la carrière du rappeur de Brooklyn.

Après une campagne de pub rondement menée qui avait fait monter la sauce, 4:44, le 13e album solo de Jay-Z est enfin à portée d’oreille. Sorti le vendredi 30 juin sur la plateforme Tidal, la nouvelle fournée de Mr. Carter était plus qu’attendue. Depuis la sortie du très moyen Magna Carta, Holy Grail en 2013, le rappeur de Brooklyn s’était fait rare, tout juste quelques apparitions sur des morceaux à droite à gauche, mais rien qui laissait présager de la sortie imminente d’un album. Alors quand la nouvelle a été confirmée, la question de la pertinence d’un nouveau projet de Jay-Z en 2017 s’imposait naturellement. Surtout quand l’heure est à la trap de Migos et Future, aux tubes exotiques de Drake et que le nouveau maître du jeu se nomme Kendrick Lamar.

« La meilleure musique qu’il ait jamais créée »

Mais alors que Hov nous avait habitués à toujours être dans la tendance, 4:44 est en fait un véritable contrepied, tant dans l’instrumentalisation que dans l’interprétation. Musicalement, No I.D., l’unique producteur de l’album – une première sur un projet de Jay-Z -, a concocté des instrus soignées avec un travail de sampling d’une incroyable finesse, exception faite de celui casse-gueule de « Fugee-la » sur « Moonlight ». De quoi nous rappeler le début du siècle et un disque majeur : The Blueprint. Dans une interview pour le magazine Rolling Stones (à lire absolument !), le producteur de Chicago va même jusqu’à dire qu’il s’agit là de « la meilleure musique qu’il ait jamais créée ». Et alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que Jigga rappe comme en 2001, il surprend son monde avec une interprétation qu’on ne lui connaissait pas ou sinon très peu.

Sur cet album, finis les morceaux egotrip, le récit de son passé de hustler à Marcy et les proclamations de best rapper alive. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si la première track se nomme « Kill Jay-Z ». Un titre fort qui en réalité annonce la fin du rappeur comme on l’a connu et qui laisse place à un artiste aux messages nouveaux et nombreux. Car sur cet album, le rappeur new-yorkais prend position comme jamais (« Story of O.J. »), se confie comme rarement auparavant, s’exprime sur des sujets forts (« Smile », « Moonlight »), exhorte la communauté à des choix plus réfléchis (« Family Feud ») et, surtout, va au bout des choses.

Un 4e album majeur ?

Quand dans Magna Carta, Holy Grail il se contentait simplement de parler de ses acquisitions artistiques, sur 4:44, il en explique les raisons. Quand avant il se serait contenté d’une ligne sur son infidélité envers Beyoncé, ici il en fait un morceau entier (« 4:44 »). Et pareil pour l’argent. Quand il se vantait d’être un des mogul du rap, il appelle les autres rappeurs à le rejoindre. En bref, Jay-Z fait désormais dans le conscient sans toutefois tomber dans la moralisation. Un changement de cap assez drôle lorsqu’on se rappelle que sur « Moment of Clarity » dans The Black Album il rappait ceci : « If skills sold, truth be told, I’d probably be lyrically Talib Kweli / Truthfully I wanna rhyme like Common Sense / But I did 5 mill’ – I ain’t been rhyming like Common since – « Si la technique vendait, je serais lyricalement comme Talib Kweli / Honnêtement je veux rapper comme Common Sense / Mais j’ai vendu 5 millions – depuis je n’ai plus rappé comme Common. »

Et ce Jay-Z nouveau dans le discours l’est aussi dans sa manière de poser. Flow plus lent, temps d’arrêt pour mieux servir son propos et beaucoup moins kickeur (sauf peut-être sur « Bam »). Pour une fois, un album du rappeur brooklynite ne compte pas de banger, mais cette absence est compensée par la cohérence sonore et lyricale des 10 chansons de ce nouvel opus. Toutefois, malgré une remise en question artistique importante, l’ancien Jay-Z n’a pas complètement disparu. Il délivre les mêmes piques subliminales (coucou Kanye), mais aussi, malheureusement, les mêmes rimes faciles qu’il balance à longueur d’albums.

Mais pas suffisant pour gâcher le plaisir de retrouver l’un des meilleurs rappeurs de l’Histoire, surtout si celui-ci revient avec un projet d’une très bonne facture. Avec 4:44, Jay-Z a-t-il ajouté un 4e album majeur à sa discographie après Reasonable Doubt, The Blueprint et The Black Album ? Son dernier bébé a en tout cas le potentiel pour. Le reste appartient à l’histoire, dont il fait pleinement partie.

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